Une gencive qui saigne au brossage est rarement banale. C’est presque toujours le premier signe d’une inflammation : la gingivite. Si rien n’est fait, l’inflammation peut s’étendre aux tissus profonds et aboutir à une parodontite — première cause de perte des dents chez l’adulte. La bonne nouvelle : la gingivite est totalement réversible avec une prise en charge simple, dont le détartrage est la pierre angulaire.
Sources officielles consultées : Haute Autorité de Santé (HAS), Société Française de Parodontologie et d’Implantologie Orale (SFPIO), Ordre national des chirurgiens-dentistes (ONCD), Assurance Maladie (Ameli).
Pourquoi les gencives saignent : la plaque, le tartre, le biofilm
À chaque heure qui passe, un biofilm bactérien (plaque dentaire) se reforme à la surface des dents. Si ce biofilm n’est pas éliminé par le brossage et le nettoyage interdentaire, il se minéralise sous l’effet des sels présents dans la salive : il devient du tartre.
Le tartre :
- est rugueux, ce qui favorise l’adhésion de nouvelle plaque ;
- ne peut pas être enlevé par le brossage (seul le détartrage professionnel le retire) ;
- crée une inflammation chronique de la gencive en contact ;
- peut s’étendre sous la gencive (tartre sous-gingival), bien plus difficile à voir et à traiter.
Quand la gencive est enflammée, elle saigne au moindre contact (brossage, fil dentaire, parfois même spontanément). C’est ce qu’on appelle la gingivite.
Gingivite et parodontite : ne pas confondre
Gingivite
- Réversible.
- Saignement au brossage, gencive rouge, légèrement gonflée, parfois sensible.
- Pas de perte d’attache : l’os et le ligament de soutien sont intacts.
- Traitement : élimination de la plaque et du tartre par détartrage, amélioration de l’hygiène quotidienne. La gencive redevient saine en quelques semaines.
Parodontite
- Non réversible (mais stabilisable).
- Inflammation profonde, perte d’attache, perte d’os de soutien, formation de poches parodontales (espace anormal entre la dent et la gencive où se loge le tartre sous-gingival).
- Saignement, mauvaise haleine, dents qui semblent « longues » (gencive qui se rétracte), espacement progressif des dents, mobilité, parfois abcès.
- Traitement : surfaçage radiculaire, parfois chirurgie parodontale, suivi rapproché à vie.
La parodontite touche, selon la HAS et la SFPIO, environ un adulte sur deux sous une forme légère à modérée, et 10 à 15 % des adultes sous une forme sévère. Elle est aujourd’hui considérée comme une maladie systémique : un lien est documenté avec le diabète, certaines maladies cardiovasculaires, la grossesse (risque d’accouchement prématuré), et les maladies respiratoires chroniques.
Le détartrage en pratique
En quoi ça consiste
Le détartrage est l’élimination du tartre supragingival (au-dessus de la gencive) à l’aide d’instruments à ultrasons et d’instruments manuels (curettes). Il est généralement complété par un polissage des surfaces dentaires, qui retire les colorations et lisse l’émail pour limiter la nouvelle adhésion de plaque.
Combien de temps
Une séance dure habituellement 30 à 45 minutes, parfois plus selon l’état de la dentition. Pour des cas avancés, le praticien peut programmer deux séances.
Ça fait mal ?
Sur une gencive saine, le détartrage est inconfortable mais pas douloureux. Sur une gencive très enflammée, l’inconfort est plus marqué : une anesthésie locale n’est généralement pas nécessaire pour un détartrage classique, mais peut être proposée pour le surfaçage radiculaire (voir ci-dessous).
Sensibilité après
Une sensibilité au froid pendant quelques jours après détartrage est fréquente, surtout en cas de récessions gingivales. Elle s’estompe en général. Un dentifrice désensibilisant peut aider.
Saignement après
Une gencive enflammée peut saigner pendant les premiers jours après détartrage. C’est le signe que l’inflammation s’apaise. Continuez le brossage, en douceur mais régulièrement. Le saignement diminue progressivement.
Le surfaçage radiculaire : le détartrage profond
Quand la parodontite est avérée, avec du tartre sous-gingival et des poches parodontales, le détartrage classique ne suffit pas. Le surfaçage radiculaire consiste à nettoyer la racine dentaire dans la profondeur de la poche, sous anesthésie locale, par quadrant ou hémi-arcade.
L’objectif : éliminer le tartre et le biofilm sous-gingival, lisser la racine, permettre à la gencive de se réappliquer contre la dent. Le surfaçage est complété par une réévaluation à 6-8 semaines : si les poches résiduelles sont importantes, une chirurgie parodontale peut être discutée.
Combien de fois par an se faire détartrer ?
Selon la HAS et la SFPIO :
- Une fois par an au minimum chez l’adulte sain ;
- Deux fois par an chez les patients à risque parodontal (tabagisme, diabète, antécédent de parodontite, orthodontie) ;
- Plus fréquemment (tous les 3 à 4 mois) en phase de soutien parodontal après traitement d’une parodontite (suivi parodontal de soutien).
Le rythme est personnalisé selon votre profil.
Remboursement du détartrage
Le détartrage des deux arcades est codé HBJD001 dans la nomenclature CCAM. L’Assurance Maladie le rembourse deux fois par an dans le cadre du parcours de soins. La part complémentaire est prise en charge par la mutuelle selon le contrat. La plupart des contrats responsables couvrent le ticket modérateur du détartrage sans reste à charge.
Le tarif conventionnel et la base de remboursement sont fixés par l’UNCAM. Le détartrage classique relève des honoraires conventionnés : pas de dépassement en secteur 1 ; honoraires libres mais avec une obligation de devis et d’information en secteur 2.
Le surfaçage radiculaire (parodontite) bénéficie d’une codification CCAM spécifique. Certains actes complémentaires de parodontologie (chirurgie, greffe gingivale, régénération) sont remboursés partiellement ou non, selon le code et le contexte. Un devis écrit est remis avant tout acte concerné.
Que faire à la maison entre deux détartrages
Les bases incontournables
- brossage deux à trois fois par jour, deux minutes, avec une brosse à poils souples ou une brosse électrique ;
- fil dentaire ou brossettes interdentaires une fois par jour : c’est l’étape la plus négligée, c’est aussi la plus utile contre la gingivite et la carie interdentaire ;
- changement de brosse tous les 3 mois (ou de la tête de brosse électrique) ;
- inclinaison de la brosse à 45° vers la gencive, mouvements doux, sans presser ;
- pas de brossage horizontal vigoureux : il use l’émail et abîme la gencive (récessions).
À privilégier
- dentifrice fluoré ;
- éventuellement dentifrice spécifique gencives sensibles ;
- bain de bouche sur prescription (chlorhexidine pour des cures courtes, jamais en continu) ;
- hydratation, alimentation équilibrée ;
- arrêt du tabac : facteur de risque majeur de parodontite, et facteur qui masque le saignement (les fumeurs saignent moins, ce qui retarde le diagnostic).
À éviter
- bain de bouche à la chlorhexidine au long cours sans avis médical (effets indésirables : coloration des dents, perturbation du goût, déséquilibre de la flore) ;
- brossage agressif ;
- cure-dents en bois ou plastique (peuvent abîmer la gencive) — préférer les brossettes calibrées ;
- consommation excessive de boissons sucrées et de grignotage acide.
Quand consulter sans tarder
- saignement spontané (sans brossage) ;
- gencive rouge vif, gonflée, douloureuse ;
- mauvaise haleine persistante ;
- récessions gingivales rapides ;
- mobilité dentaire ;
- abcès gingival ou parodontal ;
- modification de l’occlusion (les dents ne se rejoignent plus comme avant) ;
- saignement intense ou hématome inexpliqués (rechercher une cause générale, signaler tout traitement anticoagulant).
Drapeaux rouges : abcès qui s’étend, fièvre, gonflement du cou, dyspnée — appeler le 15 ou le 112.
Cas particuliers
Femme enceinte
La grossesse favorise la gingivite gravidique par modification hormonale. Le saignement augmente, parfois avec apparition d’une « épulis » (excroissance gingivale bénigne). Le détartrage est possible et recommandé, idéalement au deuxième trimestre. Le lien entre parodontite non traitée et risque obstétrical (accouchement prématuré, faible poids de naissance) est documenté : ne pas négliger sa santé bucco-dentaire pendant la grossesse.
Patient diabétique
La parodontite et le diabète s’aggravent mutuellement. Un équilibre glycémique stable améliore la santé parodontale, et inversement. Coordination avec le médecin traitant utile.
Patient sous anticoagulant ou antiagrégant
Le détartrage est possible sans interrompre le traitement, sous surveillance. Ne jamais arrêter de soi-même un anticoagulant.
Patient porteur d’une valve cardiaque, antécédent d’endocardite
Antibioprophylaxie possible avant certains actes parodontaux invasifs, à évaluer avec le cardiologue.
Adolescent
La gingivite chez l’adolescent est fréquente, en particulier pendant l’orthodontie. Brossage rigoureux, brossettes orthodontiques, contrôle régulier.
Patient orthodontique
Le port d’un appareil multibague favorise l’accumulation de plaque. Détartrage plus fréquent (tous les 6 mois minimum), parfois trimestriel pendant le traitement.
Patient porteur d’implants
Le suivi parodontal sur implants est crucial : la péri-implantite (équivalent de la parodontite autour de l’implant) peut conduire à la perte de l’implant. Détartrage spécifique avec instruments adaptés (curettes en titane ou plastique pour ne pas rayer la surface implantaire).
Récapitulatif des numéros utiles
15 ou 112 — Urgence vitale.
116 117 — Permanence des soins.
SOS Dentaire Paris : 01 43 37 51 00 — Urgence dentaire Île-de-France soir, week-end, jours fériés.
Conseil de l’Ordre des chirurgiens-dentistes 93 — Dentistes de garde en Seine-Saint-Denis.
Pour aller plus loin
Sources officielles consultées :
- Haute Autorité de Santé (HAS) — recommandations sur la prise en charge des maladies parodontales.
- Société Française de Parodontologie et d’Implantologie Orale (SFPIO) — référentiels et fiches patient.
- Assurance Maladie (Ameli) — codification CCAM, base de remboursement, parcours de soins.
- Ordre national des chirurgiens-dentistes (ONCD) — devis et information patient.
- Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) — bon usage des bains de bouche antiseptiques.
Mention légale. Document d’information générale, à destination du grand public. Cet article ne remplace pas une consultation auprès d’un chirurgien-dentiste inscrit à l’Ordre. Le diagnostic et le plan de traitement parodontal doivent être personnalisés. En cas d’urgence vitale, composez le 15 ou le 112.
Laisser un commentaire